1, septembre 2026
Pour améliorer sa prise de parole, on pense souvent qu’il faut commencer par corriger ses défauts.
Parler moins vite. Mieux gérer son stress. Avoir une posture plus assurée. Structurer davantage son discours. Occuper l’espace. Soutenir le regard. Utiliser les silences.
Bien sûr, ces axes peuvent être utiles. Cependant, ils ne doivent pas faire oublier l’essentiel : une prise de parole efficace ne se construit pas seulement à partir de ce qui manque.
Elle se construit aussi, et surtout, à partir de ce qui est déjà là.
Vos atouts, votre personnalité, votre énergie, votre façon naturelle d’entrer en relation avec les autres sont des points d’appui précieux. Encore faut-il apprendre à les identifier, à les assumer et à les mobiliser au bon moment.
Vouloir progresser, c’est reconnaître que l’on a des marges d’amélioration. Pourtant, cela ne signifie pas qu’il faut partir uniquement de ses faiblesses.
Au contraire, il est souvent plus efficace de commencer par ses habiletés naturelles : ce que l’on sait déjà faire, ce qui nous ressemble, ce qui nous donne de l’énergie et ce qui existe déjà dans notre manière de communiquer.
En effet, ces ressources sont plus faciles à mobiliser, notamment dans les moments de stress. Elles sont déjà intégrées. Elles demandent donc moins d’effort que des comportements totalement nouveaux.
Prenez un exemple simple : écrivez une phrase de votre main habituelle, puis réécrivez-la avec votre autre main. Le constat est immédiat : ce que vous savez déjà faire demande moins de contrôle, moins de tension et moins d’énergie.
La prise de parole fonctionne de la même manière.
Ainsi, si vous êtes naturellement souriant, votre sourire peut devenir un levier de connexion. Si vous êtes plutôt sérieux, votre calme peut renforcer votre crédibilité. De même, si vous êtes énergique, cette énergie peut capter l’attention. À l’inverse, si vous êtes plus réservé, votre écoute et votre précision peuvent devenir de véritables forces.
L’objectif n’est donc pas de devenir quelqu’un d’autre. Il s’agit plutôt d’être fidèle au meilleur de soi-même.
Avant de progresser, il faut savoir d’où l’on part.
Pour cela, un bon exercice consiste à dresser un état des lieux précis de ses situations de prise de parole. Il ne s’agit pas de rester sur une impression vague comme “je suis mauvais à l’oral” ou “je suis trop stressé”. Au contraire, l’idée est d’observer concrètement ce qui se passe.
Vous pouvez notamment vous poser quelques questions simples :
Ensuite, vous pouvez utiliser une échelle de progression.
Sur une échelle de 1 à 10, où situez-vous votre prise de parole aujourd’hui ?
1 correspond à une situation très inconfortable.
10 correspond à la prise de parole idéale.
Puis, au lieu de chercher immédiatement à atteindre 10, posez-vous une question plus réaliste : que pourrais-je faire pour gagner simplement un point ?
Cette approche rend la progression plus concrète. Elle permet de sortir d’un objectif trop large, comme “être meilleur à l’oral”, pour identifier une première étape accessible.
Par ailleurs, vous pouvez créer une échelle différente pour chaque contexte : réunion d’équipe, entretien, présentation client, discours, intervention devant un grand groupe. Pensez à dater vos réponses. Ainsi, vous pourrez observer vos progrès dans le temps.
La prise de parole se travaille progressivement.
Pour gagner en confiance, il est préférable de commencer par des situations où l’enjeu émotionnel reste limité : une discussion en famille, un avis donné à des amis, une courte prise de parole en petit comité ou une intervention informelle devant des collègues bienveillants.
Ces premières réussites permettent de consolider les acquis. Ensuite, vous pouvez monter progressivement les curseurs : réunion professionnelle, présentation devant quelques personnes, rendez-vous client, entretien de recrutement, prise de parole devant un public plus large.
Naturellement, il y aura parfois des maladresses. Pourtant, ces moments ne sont pas des échecs définitifs. Ce sont des points d’étape.
Autrement dit, ils permettent de comprendre ce qui fonctionne, ce qui bloque et ce qui mérite d’être ajusté.
En prise de parole, on progresse rarement d’un seul coup. On progresse plutôt par mise en situation, par répétition et par retours d’expérience.
Nous n’avons pas tous la même manière de prendre la parole.
Certaines personnes sont plus extraverties, d’autres plus introverties. D’autres raisonnent par intuition, d’autres à partir de faits concrets. Elles prennent leurs décisions à partir d’éléments logiques, tandis que d’autres s’appuient davantage sur des valeurs ou des ressentis. Enfin, certaines ont besoin d’organisation, quand d’autres préfèrent garder de la flexibilité.
Il n’y a pas de bon ou de mauvais profil.
L’intérêt est plutôt de comprendre son fonctionnement pour mieux l’utiliser.
Par exemple, une personne très intuitive pourra naturellement projeter une vision, utiliser des images et ouvrir des perspectives. C’est une vraie force. Toutefois, elle devra peut-être veiller à intégrer davantage de faits concrets pour ne pas perdre une partie de son public.
À l’inverse, une personne très factuelle pourra rassurer par sa précision, son calme et son réalisme. En revanche, elle gagnera parfois à ouvrir davantage son discours vers une vision, une projection ou une dimension plus inspirante.
Ainsi, se connaître permet de mieux équilibrer son discours.
L’objectif n’est pas d’effacer sa personnalité. Il s’agit plutôt de l’élargir pour s’adresser plus justement à son auditoire.
Une prise de parole réussie repose aussi sur la congruence : l’alignement entre ce que l’on dit, ce que l’on ressent et ce que l’on montre.
Lorsque la parole, l’attitude corporelle et l’intention sont alignées, le public le perçoit. Le discours paraît alors plus authentique, plus vivant et plus crédible.
À l’inverse, lorsque l’on essaie de jouer un rôle trop éloigné de soi, un décalage peut apparaître. Le public ressent parfois une gêne, même sans savoir exactement pourquoi.
C’est pour cette raison qu’il est utile de partir de ses propres ressources.
Votre manière de parler, votre posture, votre énergie, votre humour, votre calme, votre sensibilité ou votre sérieux peuvent devenir des appuis très puissants, à condition d’être assumés.
En somme, être soi-même ne signifie pas venir sans préparation. Cela signifie préparer une prise de parole qui vous ressemble.
Les soft skills sont devenues centrales dans le monde professionnel : écoute active, adaptabilité, leadership, pensée critique, communication, intelligence émotionnelle, créativité, coopération, ponctualité, anticipation ou encore capacité à transmettre.
Pour les utiliser dans une prise de parole, la première étape consiste à repérer celles qui vous correspondent déjà.
Parmi ces compétences, lesquelles sont réellement présentes dans votre manière d’agir ? Lesquelles reviennent dans les retours que l’on vous fait ? Lesquelles apparaissent dans votre parcours, vos réussites ou vos expériences professionnelles ?
Une fois ces qualités identifiées, vous pouvez les intégrer dans vos prises de parole.
Par exemple, si vous vous reconnaissez dans le leadership, construisez une présentation qui met en avant votre capacité à entraîner, à décider ou à donner une direction.
Si votre force est l’écoute, montrez-le dans votre manière de reformuler, de poser des questions et d’impliquer votre public.
De la même façon, si vous vous reconnaissez dans l’adaptabilité, illustrez-la par des exemples concrets de situations où vous avez su ajuster votre posture.
L’idée n’est donc pas seulement de nommer vos qualités. Il faut surtout les faire vivre dans votre discours.
Avant même vos premiers mots, votre public reçoit déjà des informations.
Votre tenue, votre posture, votre regard, votre sourire, votre énergie, votre façon d’entrer dans une pièce ou de vous installer en visio envoient des signaux.
C’est ce que l’on appelle l’éthos : l’image de crédibilité que vous projetez.
Ici encore, l’enjeu n’est pas d’appliquer une règle unique. Il s’agit plutôt d’être cohérent avec le contexte.
En effet, on ne se présente pas de la même manière devant un recruteur, un jury, des élus, des clients, des étudiants ou une équipe interne. La bonne posture est celle qui respecte à la fois votre personnalité et le cadre dans lequel vous intervenez.
Pour travailler cet aspect, la vidéo est un outil très efficace.
Filmez-vous pendant une présentation courte. Ensuite, dans un premier temps, observez uniquement les qualités qui se dégagent : présence, clarté, énergie, sérieux, chaleur, précision ou calme.
Nous avons souvent tendance à repérer d’abord nos défauts. Pourtant, identifier ce qui fonctionne est indispensable pour progresser.
La prise de parole ne repose pas seulement sur le fond. Elle repose aussi sur le choix des mots.
Un même message peut être reçu différemment selon la manière dont il est formulé.
Éric Messie rappelle notamment l’importance d’éviter certaines formulations négatives. Par exemple, dire “il n’y a pas de problème” laisse malgré tout entendre le mot “problème”. Il est souvent plus efficace de dire : “je m’en occupe”.
De la même manière :
La formulation positive donne ainsi une direction plus claire à l’interlocuteur.
Par ailleurs, le silence est aussi un élément de langage.
Beaucoup d’orateurs débutants veulent combler tous les vides. Pourtant, une pause bien placée permet au public d’intégrer une idée. Elle donne du rythme, crée de l’impact et permet à l’orateur de respirer.
Avant de commencer une intervention, comptez mentalement trois secondes, regardez votre auditoire, respirez, puis lancez-vous.
Ce silence initial peut faire grandir l’attention.
Se connaître permet aussi de mieux raconter son histoire.
Lorsque l’on se présente, l’objectif n’est pas d’apprendre un texte par cœur. En effet, un discours trop écrit peut rassurer l’orateur, mais il risque aussi de l’éloigner de son public.
Une méthode plus efficace consiste à préparer plusieurs pitchs, de durées différentes : 1 minute, 3 minutes, 5 minutes.
Pour chacun, identifiez les mots-clés indispensables : les expériences, compétences, valeurs, réalisations ou transitions qui doivent absolument apparaître.
Ces mots-clés deviennent alors des repères. Ils structurent votre discours sans vous enfermer dans une récitation.
Ainsi, la parole devient plus naturelle et vous permet de garder le contact visuel avec le public. Vous pouvez alors observer ses réactions, ajuster votre rythme et reprendre la main si vous sentez que l’attention diminue.
Un bon storytelling n’est donc pas une histoire récitée. C’est une histoire incarnée.
Se connaître, c’est aussi comprendre que tout le monde ne fonctionne pas comme soi.
Votre manière de convaincre ne sera pas forcément celle qui touchera votre public. C’est pourquoi il est utile d’anticiper les réactions possibles.
Si vous êtes très rationnel, vous aurez peut-être tendance à insister sur les chiffres, les données et les faits. Toutefois, face à un auditoire plus sensible aux enjeux humains, il faudra intégrer une dimension émotionnelle, relationnelle ou éthique.
À l’inverse, si vous êtes très porté sur la vision et les valeurs, certains interlocuteurs auront besoin d’éléments concrets, de preuves, de délais, de chiffres ou de critères de faisabilité.
Un bon exercice consiste donc à se mettre à la place de ceux qui pourraient ne pas être d’accord.
Que vont-ils contester ?
Quelles questions pourraient-ils poser ?
Qu’est-ce qui pourrait les inquiéter ?
Quel angle de votre discours pourrait leur sembler insuffisant ?
Préparer ces objections ne sert pas seulement à y répondre. Cela permet aussi de les désamorcer avant même qu’elles ne soient formulées.
Une prise de parole n’est pas un monologue. C’est une relation.
Poser des questions à son auditoire permet de l’impliquer. La question crée un mouvement : elle invite l’autre à réfléchir, à se positionner et à entrer dans l’échange.
En réunion, en entretien ou en présentation, une question bien placée peut donc transformer la dynamique.
Elle peut servir à :
Cette démarche est particulièrement utile lorsque l’on veut établir une forme de parité.
Même en entretien de recrutement, il ne s’agit pas seulement de répondre aux questions. Il s’agit aussi de comprendre ce que l’organisation peut vous apporter, ce qu’elle attend et comment la relation peut se construire dans les deux sens.
Progresser en prise de parole ne consiste pas à gommer tout ce qui dépasse.
Il s’agit d’abord de mieux se connaître : ses forces, ses préférences, ses émotions, ses mots, sa posture, son rapport au public.
À partir de là, il devient possible de travailler plus justement.
Concrètement, on peut s’appuyer sur ses atouts, élargir progressivement sa zone de confort, intégrer des dimensions moins naturelles, préparer ses discours avec des mots-clés, utiliser les silences, anticiper les objections et créer une relation plus vivante avec son auditoire.
Ainsi, améliorer sa prise de parole devient moins un exercice de contrôle qu’un espace de présence.
Progressivement, on passe du mode labeur au mode saveur.
Et c’est souvent là que la parole commence vraiment à porter.
Cet article s’inspire du travail d’Éric Messie, coach professionnel certifié depuis 2016, coach Yapuka, membre praticien de la SFCoach® depuis 2022 et certifié Golden® depuis 2017. Fort de plus de 6 000 entretiens filmés, il accompagne les jeunes comme les adultes sur la communication, la relation aux équipes, la posture professionnelle et la prise de parole.
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